jeudi 4 décembre 2014

20 conseils sur l’écriture

Il y a déjà un moment, j’avais fait une chronique sur le livre ‘’Ecriture’’ de Stephen King qui traitait de son métier et de son art. Un bouquin magnifique, par un auteur incroyablement talentueux, qui nous apprend avec des conseils, des anecdotes et pleins d’autres choses comment débuter et s’améliorer dans l’écriture. 
Comme je sais que, comme moi, de nombreux lecteurs sont aussi des écrivains, j’ai décidé de réunir les 20 conseils que je considère les plus importants pour vous aider en les expliquant et en les développent. Je finirai par les ‘’10 commandements’’ et les ‘’10 erreurs à éviter’’ que j’avais pris d’un magazine plus jeune (je ne me rappelle malheureusement plus lequel) et notés.

Voici les conseils de Stephen King et mes propres explications selon mon expérience dans le domaine (bien qu’elle ne soit pas de niveau professionnel, nous sommes d’accord):




L’écriture, avant toute autre chose, est un passe-temps, un talent que vous voulez utiliser, un talent qui se développe, comme nous le verrons ensuite. Penser aux éventuels lecteurs va bloquer votre imagination et vous empêcher de procéder comme vous le voulez. J’ai commencé à écrire sans savoir où j’allais, je pense que c’est ce qu’il se passe au début pour tout le monde. Une envie nous vient, donc on se met à écrire et souvent on le fait uniquement pour soi. Et c’est important au début, car il faut trouver son propre style, son propre ‘’genre favori’’, ses propres idées sans se soucier de ce que d’éventuels lecteurs voudront. Ensuite, quand tout cela est bien installé, vous devez penser à vos lecteurs. Quand vous êtes sûrs que vous voulez continuer sur cette voie, vous devez vous assurer que ceux qui liront votre texte ne trouverons pas ça, par exemple, trop barbant ou trop long ou encore trop ennuyeux. Vous devez pensez à eux dans la manière dont vous écrivez, mais sans changer votre style. C’est pour cela, pour éviter que les souhaits des lecteurs vous bloquent, que suivre ce conseil est important. 


Stephen King la juge trop molle. Je la juge un peu trop compliquée dans sa lecture et trop ‘’forcée’’. Par exemple: ‘’La nouvelle le surprit’’ a plus de force que ‘’Il fut surpris par la nouvelle’’. Il n’y a rien de mal à utiliser la forme passive, cela dépend de l’effet que vous voulez créer. Mais dans tous les cas, la première option dans l’exemple donnée a, à mon avis, plus d’effet. C’est court, mais clair, comme la surprise. 


Les adverbes, surtout les mots finissant par -ment, on a tendance à en mettre beaucoup dans nos textes. Pourtant, ils ne font que les ''alourdir’’. Stephen King déconseille surtout de les utiliser dans des dialogues. 
Exemple: 
- Je n’ai aucune idée d’où se trouve le corps, dit Jim calmement. 
a un effet différent de:
- Je n’ai aucune idée d’où se trouve le corps, dit Jim d’un ton calme. 
Relisez plusieurs fois ces phrases si vous avez du mal à comprendre. Ecrire ‘’dit Jim calmement’’ est trop facile. Il faut développer son vocabulaire pour réussir à formuler les actions d’une manière qui a plus d’effet. Ainsi nous enrichissons notre texte au lieu de l’alourdir. 

Il ne faut, tout simplement, pas exagérer quand vous écrivez. Il ne faut pas se lancer dans des phrases compliquées. Parce que, de un, ça ne plait pas au lecteur. C’est difficile à lire et ‘’lourd’’, or nous essayons toujours d’éviter cela. Puis, de deux, votre texte n’est pas là pour prouver que vous savez formez de bonnes phrases, mais pour raconter quelque chose. Ne vous écartez pas de votre idée principale - l’histoire - en allant trop vers la grammaire. Ne compliquez pas l’affaire en en voulant trop. Evitez tout ce qui fait perdre l’effet que vous voulez donner. 


En quelques mots, ayez confiance en votre style. Il est différent, mais cela ne signifie pas qu’il est faux. Si vous persistez, vous deviendrez expert dans votre propre domaine, un domaine unique. La confiance en soi est très important, dans n’importe quel art. Ce n’est pas pour rien que Stephen King parle de ‘’magie’’. L’écriture n’est pas facile et si vous vous en sortez, vous avez déjà une très grande capacité et il faut s’en rendre compte. 

C’est évident. Il faut apprendre des autres auteurs pour s’améliorer et se créer son propre style. Et c’est assez pratique parce que les exploit des ces écrivains vont vous inspirer et vous donner une leçon, mais aussi leurs erreurs. En lisant, vous allez vous mettre à la place d’un lecteur, comprendre ses attentes. L’écrivain joue très souvent un jeu de rôle pendant son travail. Il se met à la place de ses personnages, mais aussi à la place de ses lecteurs. C’est en lisant que vous vous cultiverez également plus et développerez votre vocabulaire, votre syntaxe et tout ce dont vous avez besoin. Ce n’est pas pour rien que les lecteurs sont souvent les plus forts en dictées ou en explications de texte: nous connaissons bien notre domaine. 

Ce conseil va un peu avec la première. Si vous avez trouvé votre style, gardez le. C’est très précieux. La chose la plus précieuse qu’un écrivain ait: son identité. N’allez pas vers des styles qui ne vous plaisent pas; vous ne ferez que ramer. N’ayez pas peur, ayez confiance en vous et en votre texte. 

Ou tout autre appareil électronique. J’ai toujours écrit dans mon salon, assise à la table à manger, juste à côté de la télévision allumée et ça ne me dérange pas vraiment. En tout cas, ça ne me fait rien quand je suis vraiment très inspirée (il y aurait toujours des jours où vous souhaiterez écrire, mais que l’inspiration ne vous viendra pas, d’autres où ce sera le contraire, d’auras où vous ne voudrez pas du tout écrire, d’autres où les idées viendront plus vite que les mots - quand ça m’arrive, j’écris une vingtaine de page en deux heures sans m’arrêter une seconde et j’écris tellement vite que mes lettres ressemblent à des monstres, tout comme mes mains toutes rouges à la fin, mais à part ça ce n’est pas un métier dangereux ou à grand risque je vous assure….) BREF. En gros, tant que ça ne vous déconcentre pas, vous pouvez même écouter de la musique (Arcade Fire m’inspire comme pas possible) si, par exemple, l’atmosphère ressemble à celui de votre livre où si vous arrivez à vous concentrer sur vos mot plutôt que sur les paroles. Mais en général, l’inspiration adore le silence et le silence la nourrit. 


Bon, je ne respecte pas cette règle. Je préfère la prendre dans ce sens: trois mois d’écriture. Parce que j’ai commencé mon projet actuel début août et j’y suis encore, mais j’ai arrêté d’écrire pendant deux mois (ce qui, ouf!, ne m’a pas arrêter quand j’ai recommencé. J’ai bien retrouvé l’univers et j’ai directement écrit une vingtaine de pages, je crois être devenue folle pendant quelques heures ce jour-là, parce que j’avais tellement d’idées que je n’avais plus de papier, alors j’ai continué sur le bas de la page puis sur les marges parce que je ne voulais pas me lever pour aller en chercher - là nous venons à un conseil improvisé: faite des pauses quand vous bloquez ou que vous n’avez pas envie, sans le savoir les idées travaillent encore, ou faites des pauses pour boire et manger…. quand même.)

Donc buvez, mangez, hein. Mais surtout, ayez un état émotionnel stable. Parfois, votre situation personnelle peut vous inspirer (comme moi dans ma période de dépression où j’ai écrit Dans les Bras de la Mort sur une fille suicidaire… je n’étais pas suicidaire, mais la tristesse était la même… ou dans une certaine période où j’étais victime d’hypocrisie, de moqueries silencieuses, j’ai écrit l’histoire de la Fantôme de la Rivière - oui LA fantôme - rejetée parce qu’elle est différence, en gros, même si c’est assez complexe) mais il ne faut pas que ça affecte trop votre manière d’écrire. Le lecteur ne doit avoir aucun signe de vous quand il lit. Seulement un narrateur, qui n’est jamais l’auteur je le rappelle. 


Choisissez bien vos mots et concentrez-vous. Ne vous précipitez pas, jamais, prenez votre temps. Même si les idées se bousculent dans votre esprit (si vous avez peur de les oublier, notez les tout simplement, mais quoi que ce soit, notez vos idées!!!). Le projet peut être très grand, mais vous avez tout votre temps. (J’ai envie de donner l’exemple d’une série, Sherlock, trois saisons qui sortent chacune tous les deux ans, et qui contiennent trois épisodes de 1h30, mais chaque scénario est absolument incroyable, d’un génie impossible que ça en vaut la peine. Tout ça pour dire que quand on prend son temps, le résultat est le meilleur que vous ayez pu faire, mais quand vous allez trop vite, vous vous retrouvez avec 23 épisodes dont uniquement 3 sont bien…. je ne sais pas si vous voyez le rapport….)

Vous allez souvent vous dire ‘’je veux faire mes descriptions comme ceux de Cornelia Funke, je veux raconter l’horreur comme Poe, je veux avoir un scénario incroyable comme celui de J.K. Rowling’’ (j’avoue c’est ce que je me dis tout le temps), mais le principal n’est pas de copier, mais de s’en inspirer pour développer votre style UNIQUE qui inspirera peut-être d’autres auteurs plus tard.

Fouillez dans votre culture générale, dans tout que vous avez vu, dans tout ce que vous savez, chaque information peut développer ceux de votre livre. Quand vous vous lancez dans un roman qui se passe au 19ème siècle, sachez dès le début comment la vie se déroulait à cet époque. Ne me sortez pas de téléphone au 18ème siècle par exemple. C’est un exemple évident et très simple. Mais le savoir aide pour la cohérence et la richesse de votre texte.

Le conseil de Stephen King: break de trois mois MINIMUM. Ça peut vous sembler énorme, mais c’est important. En restant loin de votre texte, vous allez l’oublier, vous allez passer en le relisant du statut d’auteur au statut de lecteur et je vous assure que l’effet est incroyable. Vous critiquez votre propre texte sans vous souvenir de l’avoir écrit. C’est magique. J’ai retrouvé un texte qui me semblait parfait et que j’avais écrit il y a un an seulement… et en fait c’était juste horrible. Mais ça peut aussi, au contraire, vous surprendre: votre écriture va vous sembler si bien que vous n’allez pas croire que ça vient bien de vous, ça aide énormément pour la confiance en soi (expérience personnelle!). 

L’écriture est un talent, oui, mais un talent qui se construit. Un chanteur n’a pas la même qualité de voix à ses débuts et après un certain temps. Ça change, ça s’améliore, ça se perfectionne, comme l’écriture. Un auteur apprend de ses propres erreurs, mais pour cela, il faut en faire justement. Donc on ne peut pas directement être un parfait écrivain, il faut travailler, essayer et surtout vouloir s’améliorer.

Retournons à la forme de votre texte. Le conseil est assez clair et vous pourrez vous rendre compte en lisant un livre, tout simplement. Un bloc de texte est agaçant même sans le lire et vous vous donnerez beaucoup de peine pour rien: le lecteur va sûrement passer très vite cette partie. 

Ne partez pas dans des phrases inutiles, qui expriment des idées inutiles. Il y a une différence entre raconter une scène en donnant un certain nombre de détail pour créer une hypotypose (effet qui nous donne l’impression qu’on y est et qu’on suit les événements en direct), et raconter une scène en donnant des détails sur beaucoup trop de choses inutiles. Vous pouvez vous permettre d’en donner sur certains objets sans importances comme ‘’une lampe était posée sur la table’’ mais pas ‘’une lampe rouge était posée sur la grande table dont un pied était cassé’’, c’est trop long et trop lourd, pas assez naturel. Là je vous parle d’expressions superflus dans une description. Mais ce que Stephen King nous dit c’est de ne pas écrire trop et inutilement. Malheureusement, beaucoup de livres modernes ne respectent pas cette idée et c’est sûrement pour ça que je me lasse très vite de certaines lectures.


C’est très important. La description est une partie compliquée et souvent décisive: elle est l’occasion pour l’auteur de montrer de quoi il est capable. Mais justement, il ne faut jamais en montrer trop pour faire connaitre votre talent. Il faut maitriser la description mais ne jamais oublier le lecteur: si vous donnez les pistes pour qu’il puisse se faire une image approximative du personnage, il ne faut jamais l’empêcher de compléter la description et de créer le reste dans sa propre imagination pour se sentir plus proche de l’histoire et plus investi dans celle-ci. Contentez-vous de la description de l’aspect général, des cheveux, de la forme du visage, des yeux, du corps, de sa taille, mais ne dites jamais les mesures complètes, ou n’indiquez pas que le menton est à cinq centimètres du nez, à part si cela est censé créer un effet. La description, comme je l’ai dit, est compliquée et c’est en pratiquant, en relisant vos textes (après trois mois!) que vous allez vous améliorer. Personnellement, je crois avoir trouvé la bonne voie et mon propre style dans ce domaine là.


Si c’est possible. Pour s’améliorer et ne pas perdre le fil. Pour pratiquer le plus possible, pour que ça vous vienne de plus en plus naturellement. Quand on écrit, il faut se concentrer, mais jamais trop. Ne réfléchissez pas trop à comment vous allez formuler cette phrase, n’allez pas chercher la perfection, écrivez la comme elle vous vient, et ça va vous venir de plus en plus naturellement avec de la pratique. Mon expérience personnelle en témoigne.  Si un certain jour vous n’avez pas envie d’écrire, ne le faites pas car:



Ne vous obligez pas à le faire, car comme je l’ai dit, l’imagination est bloquée quand on se force. Et si vous n’êtes pas heureux en écrivant, vous écrirez mal. Si vous n’en prenez aucun plaisir, jamais, vous n’êtes pas fait pour ça. Si vous n’en prenez aucun plaisir, juste à une certaine période, arrêtez un moment et recommencez quand ça vous reviendra, comme je l’ai dit plus haut. C’est souvent la fatigue qui vous empêche d’en avoir envie, c’est exactement ce qui m’est arrivé les deux mois suivant la rentrée et ce qui m’arrive ces jours-ci, période des grandes épreuves semestrielles qui s’approchent. Bref, l’écriture, avant un métier, n’est qu’une partie de plaisir.



Après ces 20 conseils et mes longues explications, passons maintenant à deux autres listes, très courtes qui concernent plus la publication de votre livre, et le travail à faire pour réussir à l’envoyer à un éditeur et le faire publier. Comme je l’ai dit plus haut, les conseils viennent d’un magazine.








En espérant que cet article (que j’ai pris trois jours à peaufiner et compléter ^-^) vous ait plus, qu’il est suffisamment complet et que ça vous aide, je vous dis à la prochaine pour de nouvelles chroniques! N’hésitez pas à poser vos questions sur l’écriture en général, vous pouvez également m’envoyez vos textes pour avoir un avis, j’essayerais d’aider avec l’expérience que j’ai acquis au fil de 4 années d’écriture intensive! :)

Edit: La deuxième partie de cet article, 20 autres conseils d'écriture est là. Jetez-y un coup d'oeil pour plus de détails et de conseils!

dimanche 30 novembre 2014

Le Portrait de Dorian Gray - Oscar Wilde


Résumé


Le peintre Basil Hallward vient d'achever son meilleur tableau. Invité à se contempler, Dorian Gray, son modèle, fait alors un vœu insensé : que le portrait vieillisse à sa place et que lui conserve éternellement sa jeunesse et sa beauté. Quels ne sont pas sa stupeur et son effroi quand son vœu se réalise! Le tableau devient alors le miroir de son âme…


Mon Avis


Vous l’avez maintenant compris: j’adore les classiques! Et je n’ai pas pu résister face au Portrait de Dorian Gray qui a) est un des incontournables de la littérature b) est un roman fantastique et d’horreur et c’est un mélange que j’adore. 
Dorian Gray est un personnage des plus fascinants. Au début, il est décrit comme l’image même de la perfection, que ce soit pour son physique ou pour son caractère. Dorian est incroyablement beau et sa personnalité déborde de joie, de courtoisie et de gentillesse. Personne ne se doute qu’au fond de lui, le jeune homme a un désir caché, enfouis: celui de garder ce visage d’ange, cette jeunesse ensorcelante pour toujours. Alors quand son ami Basil Hallward lui montre le portrait qu’il a fait de lui, Dorian fait un voeu. Vous le connaissez. 
J’ai adoré ce changement soudain de personnalité, je l’ai trouvé assez incroyable et très bien exprimé par Oscar Wilde. Le personnage principal devient fou, sans le laisser paraitre, ma sa folie ne cesse de s’accroitre au fil des années. Le portrait vieillit à sa place et Dorian s’en réjouit tout autant qu’il s’en effraie. Il se pose des questions: est-ce possible? Pourtant c’est bien réel. Alors laissons le portrait faire. 
A partir de cet instant là, le décor si pure et lumineux devient sombre, tous comme les pensées de Dorian, obsédé par le portrait, obsédé par ce secret. Et voilà ce que j’aime dans un livre d’horreur: l’obsession, la folie, le doute, l’angoisse, le secret. Malgré tout ça, et je trouve ça encore très bien mis en place, le jeune homme et sa vie semblent normaux, et Dorian lui-même se force à profiter de la situation, de savourer cette jeunesse éternelle même si la peur que quelqu’un découvre son secret le hante. Ainsi, cette peur de l’inconnu, de cet événement surnaturel devient la peur du secret découvert. Le développement du personnage est poignant et très bien décrit.
C’est ce mélange qui m’a plu. Oscar Wilde est un excellent auteur, qui réussit à nous mettre du côté de Dorian Gray, ou du moins de ressentir les mêmes angoisses que lui, à le soutenir, même s’il n’est plus le même. Dorian reste fascinant du début à la fin et le récit est rythmé, les mots bien choisis, les événements bien décris. Vous n’allez pas pouvoir lâcher ce livre pour toutes ces raisons et bien plus que vous découvrirez en le lisant. Ce grand classique va vous marquer!

Ma note:
20/20
Coup de coeur
Récit incroyable et très bien écrit, un classique auquel je ne trouve aucun défaut, à lire!


L’auteur


Oscar Wilde nait le 16 octobre 1854 à Dublin. Il est l’auteur de nombreux romans (Le Portrait de Dorian Gray…), de nouvelles (Le Fantôme de Canterville, Un Sphinx sans secret…), de pièces de théâtre, de poésies et d’essais. Il meurt en 1900 à Paris à l’âge de 46 ans. 









Qu’en pensez-vous?

jeudi 13 novembre 2014

2 mois d’absence - encore!

Hello!

J’avais promis dans mes anciens articles que j’allais revenir en force sur le blog, avec pleins de nouveaux articles et cetera, et c’est arrivé au moins 2 fois sur le blog: je n’ai pas tenu ma promesse.
Explications: Je lis beaucoup, mais dès que je peux, donc je n’ai que 2 heures par jour que je peux entièrement consacrer à la lecture, comme je passe toute la journée au lycée, et le reste à faire mes devoirs et à réviser. Ce qui fait que je n’ai lu que 4-5 livres en deux mois, ce qui est très peu car j’en lis souvent 2 par semaine, cela dépendant de la longueur, la plupart étant des suites de séries donc je ne peux pas faire d’article dessus, et les autres ne m’ont pas plu donc je ne prends même pas la peine. Tout simplement parce que j’en suis arrivé à un stade dans mes études où je n’ai pas le temps de me divertir, et que quand j’en ai, je préfère passer mon temps devant mon ordinateur (à ne rien faire à vrai dire) ou à continuer l’écriture de mon roman. Je lis, aussi, dès que je peux, mais entre tout ce que je veux et dois faire, je met mes lectures au second voir troisième plan. L’écriture de mon roman étant important dans la mesure où je souhaite tous les publier un jour, et l’ordi qui me permet de regarder mes films et séries préférés. La lecture a toujours eu une très grande place dans ma vie, mais je n’ai pas - presque jamais - l’énergie d’analyser ce que je lis pour réfléchir à comment je pourrais vous le présenter, et surtout de me mettre à écrire un article, à faire les montages photos pour la ‘’carte d’identité’’ du livre et tout ce qui suit.
Avant, même si j’en avais pas l’énergie, je me forçais pour sortir quelque chose au moins toutes les deux semaines parce que j’avais quand même le temps d’avoir l’esprit clair, mais maintenant, je suis vraiment noyée entre tout ce que je dois faire pour l’école, et tout ce que je veux vraiment faire et je m’en excuse.
De toute manière vous avez pleins d’autres blogs littéraires à disposition, qui traitent plus de livres et plus de genres (car il faut dire que je ne lis que du fantastique, et surtout des classiques et que j’ai du mal à  me forcer à lire autre chose même si c’est pour vous - mais en y pensant, j’ai quand même fait un grand pas en lisant Nos Etoiles Contraires le week end dernier, je n’aime pas du tout ce genre de roman, réaliste, tragique avec une histoire d’amour, c’est tout ce que je déteste parce que je lis habituellement pour m’éloigner et m’échapper de ce monde et de la réalité, bref, et le livre m’a plu. Mais c’est encore un livre pour lequel je ne vais pas faire d’article car c’est beaucoup trop connu, et vous en trouverez un sur tous les autres blogs) et, pour continuer après cette très longue parenthèse, qui postent plus souvent.
Donc, vraiment pardon pour l’absence, je vais essayer de faire quelque chose dans le mois qui vient mais cette fois, je ne promets rien.
Le blog ne s’arrête pas pour autant! En attendant, n’hésitez pas un faire un tour sur mes anciennes chroniques (pas trop anciennes non plus, parce que je me trouve très très stupide quand je relis ce que j’écrivais il y a un an), et à bientôt! :)

Alice

dimanche 14 septembre 2014

17 mois avec The Lewis Carroll’s Army: Le bilan


17 mois! Le temps passe si vite!
Je vous remercie du fond du coeur pour ce soutient, pour votre participation et pour tout! Ce fut un plaisir de vous découvrir et de vous faire découvrir mon univers littéraire! J’ai pensé à l’arrêter un moment, puis je l’ai repris en laissant parfois des poses de plusieurs semaines avant de réécrire, mais The Lewis Carroll’s Army a survécu et c’est uniquement grâce à vous, chers soldats!

Pour prendre conscience de ce que le blog a vécu pendant ces 17 mois, j’ai décidé de faire un bilan des visites en général, par mois, par jour, mais aussi des articles les plus lus et marquants, les événements importants et spéciales dont l’armée a été témoin!


Visites

Total: 15’920
Par mois: ~ 2’000
Par jour: ~ 100

Nombres d’articles: 80

Nombres de commentaires: 129

Le top des articles les plus consultés (vus plus de 100 fois)

1. Biographie de Benjamin Lacombe - 780 vues
2. Dix petites nègres - 461 vues
3. Les contes macabres - 362 vues
4. Les chroniques de Spiderwick - 328 vues
5. Biographie d’Edgar Allan Poe - 311 vues
6. Dracula - 256 vues
7. Voyage au centre de la Terre - 223 vues
8. L’invention de Hugo Cabret - 176 vues
9. Biographie d’Agatha Christie - 150 vues
10. - Les Enquêtes d’Enola Holmes, tome 1 - 140 vues
         - Alice au Pays des Merveilles - 140 vues
11. Atelier écriture, premier résultat - 135 vues
12. Archive: Interview de Cornelia Funke (VO) - 105 vues

Les bons souvenirs

- La création du blog: J’aimais lire et je me suis dit ‘’pourquoi pas?’’ et je me suis lancée. J’ai passé du temps à réfléchir au nom du blog. Environ 10 minutes devant mon écran, à chercher un nom qui collait bien à mon univers, mais qui parlait de littérature. J’ai pensé à Lewis Carroll, l’auteur qui m’obsédait en particulier ces jours là (je ne lisais plus que des biographies sur lui, sur Alice Liddell, je lisais et relisais Alice au Pays des merveilles et De l’autre côté du miroir). C’est de là que je voulais commencer. Puis j’ai continué à réfléchir et je me suis rappelée avoir adoré le nom que Harry, Hermione et Ron avaient donné à leur association la cinquième année pour continuer à s’entrainer à la pratique de la Défense contre les forces du mal: The Dumbledore’s  Army. J’ai alors décidé que le nom de mon blog sera The Lewis Carroll’s Army, comme si nous nous battions tous ensemble pour que la lecture continue à exister. Et plus les jours passent, plus la communauté s’agrandit et je trouve ça juste super!


- Principalement vos commentaires et vous: Toujours très agréables! Et j’adore avoir votre avis et vous donner le mien! Nous partageons beaucoup sur un seul livre et je me force à lire de genres qui m’intéressent moins pour avoir une grande diversité d’articles (car j’adore les classiques, mais je sais que les nouveautés sont très intéressants à présenter)


- Ces nombreux partenariats: J’adore découvrir de nouveaux blogs et partager avec eux! Je me réjouis toujours de voir un mail intitulé ‘’Proposition de partenariat’’ , surtout que le contenu me fait tout le temps plaisir! Merci pour tous ces compliments sur mon travail!



- L’interview de Cornelia Funke: Elle est l’une de mes auteurs préférés, chéris et je suis accro à ses bouquins, à sa plume et à sa personnalité! Ce blog a été le prétexte d’une interview où j’en ai découvert encore plus, j’étais si excitée à l’idée de lui poser mes questions pour vous que je ne pensais qu’à ça. Merci à vous de m’avoir donner cette opportunité! 



En plus de faire des chroniques littéraires, j’ai pu créer des articles sur la culture, par exemple celui sur les vampires dans la littérature, ou celui sur les BD, analysant la question de savoir si on peut vraiment dire que c’est une lecture (pour moi, oui!). J’espère pouvoir interviewer d’autres écrivains ou illustrateurs. En voyant toutes ces visites sur la biographie de Benjamin Lacombe j’ai décidé d’essayer de l’interviewer. Je vous préviens, je ne crois pas que j’y arriverai. A vrai dire, Cornelia Funke semblait beaucoup plus ouverte que lui, même s’ils doivent tous les deux toujours être très occupés avec leur travail! 

Bref, ce fut donc 17 magnifiques mois et n’ayant pu faire un article pour les 1 an du blog (ce qui aurait probablement été plus logique) j’ai décidé de le faire maintenant pour vous remercier, car rien ne serait pareil sans ce partage et sans votre aide! 

Merci, merci, merci!

Et à bientôt…

Alice


samedi 13 septembre 2014

Les vacances sont finies! The Lewis Carroll’s Army revient!

Eh oui!
J’ai beaucoup d’absence ces temps-ci!
Pas le temps ou tout simplement pas l’énergie d’écrire et j’en suis désolée!

Ce fut une bonne surprise de voir qu’en mon absence (de plus de 2 mois quand même!) le blog avait dépassé les 15’000 visites, je trouve ça incroyable! Et surtout le fait que je peux compter près de 100 visites par jour, même sans que le blog soit actif! Je vous en remercie et ça me pousse à continuer et à faire de nouveaux articles! Je lis peu des jours-ci, mais j’écris surtout beaucoup. Parfois, il faut choisir entre les deux! Mais je recommence mes lectures de manière active, en ce moment j’ai commencé la série de livres l’Apprenti Epouvanteur dont j’avais tant entendu parler! 

Comme je n’ai pas beaucoup lu pendant les vacances, les chroniques ne vont pas arriver tout de suite! Je vais tout de même essayer de créer des articles sur la culture littéraire ou sur le fait d’écrire des romans à ce jeune âge (quand je le dis aux gens autour de moi, tout le monde parait si impressionné!). Vous pouvez me donner des idées, j’aimerais vraiment que le blog se renouvelle en activités! 

J’ai d’ailleurs le plaisir d’annoncer mon nouveau partenariat avec Azle du blog Petite pomme verte galactique !

De nouvelles choses vont venir et j’espère vous voir nombreux et partager encore plus! Le blog doit déjà avoir 1 an, même plus, et ce ne sont que de bons souvenir qui me sont restés! 

A bientôt, chers soldats!

Alice

lundi 21 juillet 2014

Cauchemar d’une nuit d’été - R.L. Stine

1960.
Lors du tournage d’un film d’épouvante, Le manoir de l’horreur, trois jeunes acteurs trouvent la mort. Accidents? Meurtres? Esprits maléfiques? Nul ne le sait. Le film reste inachevé.

Cinquante ans plus tard.
En espérant attirer la presse, et faire un « gros coup », un producteur d’Hollywood décide de tourner le remake du film. Il propose un rôle à sa fille Claire et à sa copine Délia, qui rêvent de devenir actrices, Cependant, lorsque le tournage commence, les deux amies et l’ensemble de l’équipe, sont angoissées à l’idée de revivre cette tragédie…


Mon avis

Comment résister à un roman écrit par R.L.Stine quand on a passé son enfance à lire les Chair de Poule ? Avant même de le lire, je savais, en quelque sorte, à quoi m’attendre. De l’horreur, du mystère, des personnages normaux mais une histoire à en couper le souffle.
Je n’ai pas été déçue! 
Le titre ainsi que l’intrigue m’ont fascinés. Reprendre le titre Le Songe d’une nuit d’été de Shakespear et le changer de cette manière, c’est une idée superbe. Surtout que l’effet est meilleur en anglais A Midsummer Night’s Dream devient A Midsummer Night’s Scream !
L’idée du tournage d’un film d’horreur où l’horreur prend le dessus m’a paru assez original et très bien maitrisé par l’auteur. 
Venons en aux personnages: Claire et son amie Délia sont des jeunes filles comme nous, des rêves pleins la tête. Elles vont enfin pouvoir jouer dans un film et réaliser l’un d’eux. 
Mais le film en soi n’est pas normal. En effet, dans le tournage qui avait eu lieu une cinquantaine d’année auparavant, des acteurs sont morts de manières affreuses et quand le père de Claire décide de reprendre le film, les doutes et la peur sont au rendez-vous.
Inutile de vous dire que le tournage du remake ne va pas être de tout repos. Je vous laisse deviner la raison.
Du coup, l’angoisse augmente sur le plateau mais aussi en vous. R.L. Stine est un des meilleurs en la matière. Il sait comment vous décrire les scènes et vous faire entrer dans l’histoire. Au bout d’un moment, je me sentais comme un personnage assistant aux événements de très près. 
L’écriture de R.L. Stine reste simple, clair mais touchant tout autant. J’ai donc lu ce livre sans m’en lasser, en savourant chaque passage et en total admiration pour l’esprit maléfique de l’auteur. 
Je suis restée en suspend à chaque fin de chapitre sans pouvoir lâcher le livre. C’est sûrement pour cela que je l’ai terminé en une journée!
En plus des choses affreuses qui se passent sur le plateau, Claire et Délia s’interrogent beaucoup. Le mystère plane, l’épouvante se ressent et le frisson vous poursuit!
Un livre à découvrir pour les fervents du genre! 

L’auteur

Robert Lawrence Stine est né en 1943 à Colombus aux Etats-Unis. S’il se décrit comme le Stephen King des enfants, c’est sans doute pour ses nombreux romans d’épouvantes. Que ça soit la collection Chair de Poule ou celle des Peur Bleue pour les plus grands, R L. Stine excelle en la matière! 






lundi 14 juillet 2014

Projet Milady - 1ère partie de Noche Pùrpura (Texte débutant)

Salut à tous! 
Dans le but d’annoncer mon nouveau partenariat avec Noche, du blog De la Plume au Stylo j’ai le plaisir de publier et de partager avec vous un texte écrit par lui. J’ai adoré Projet Milady pour son originalité et l’imagination de son auteur que j’applaudis! 
Voici donc la première partie! Vous pouvez consultez l’article consacré au texte ici pour en savoir plus et vous pouvez lire le reste et le livre en entier ici !

(Certains navigateurs peuvent montrer le texte avec de fautes d’impressions, je m’en excuse!)

Bonne lecture! :)




Première Partie
Le train d’ombres et de lumières
- Hiver -
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" Partir, c’est quitter son cocon, ouvrir ses ailes et s’envoler. C’est s’apercevoir qu’on n’est pas les seuls sur la planète, Qu’on ne sait pas tout comme on le pensait. On devient plus humble, Plus tolérant, Un peu plus intelligent. "
P.Fillit
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1.
Il y a partout dans le monde ces endroits où une foule de gens se réunit. Des êtres humains en masse sur le même lieu, qui beuglent, crient, courent, se bousculent. Des parents stressés qui tiennent la main de leurs enfants curieux et intenables, autour de gens tous autant plus pressés les uns que les autres. Quelques exceptions, les drogués et les optimistes marchent d’un pas lent et détendu, comme s’ils se plaisaient inconsciemment à augmenter l’irritation des autres. Mais, dans tout ce bétail, il y a toujours ceux qui découvrent ce spectacle pour la première fois de leur vie. Les petits nouveaux, les novices.
Mathias Leroy faisait partie de cette catégorie. Le train, c’était pour lui une première et la gare aussi évidemment. Sa petite valise écaillée à la main, il essayait de se mouvoir dans cette marée humaine en cherchant les guichets du regard mais de gros poissons venaient le percuter à chaque fois. Cette fois-ci ce fut un poisson avec un chapeau rond et Mathias fut violemment projeté en dehors de la foule. Sa valise lui échappa et retomba lourdement sur le sol. En se relevant tant bien que mal, il constata que le poisson portait aussi une horrible écharpe rouge et blanche avec des flocons de neige brodés.
"Quelle goût de chiotte sérieusement" pensa Mathias en rajustant ses vêtements. Il ramassa sa valise et replongea dans cette masse humaine.
La période des fêtes de fin d’année avait commencé et le Père Noël avait sûrement dû envoyer un lutin décorer la gare. Des guirlandes lumineuses multicolores pendouillaient et s’enroulaient autour des piliers et des sapins présents dans tous les recoins. Le plafond, vaste dôme vitré, présentait un ciel noir parsemé d’étoiles. Les enfants se laissaient facilement prendre à cette ambiance magique qui était pour eux synonyme de bon moment et des sourires béats se dessinaient sur tous ces petits visages innocents et illuminés. Mais Mathias n’était plus un enfant depuis bien longtemps, il avait maintenant dix-neuf ans et les guirlandes accrochées au panneau d’affichage qui l’empêchait de voir avec leur éclat, l’agacèrent plus qu’autre chose. Il avait un train à prendre à dix-huit heures précises et il ne comptait pas le rater, surtout pas pour une première fois.
Ce fut à ne pas douter la chance des débutants qui le conduisit au près d’un guichet tenue par une petite femme brune. Mathias ne put réprimer un sourire en coin. Même les employés avaient droit à leur déco de Noël en apercevant l’uniforme rouge et le petit bonnet de la même couleur avec le célèbre pompon blanc qui retombait en arrière. La femme dû surprendre son sourire car elle retira vivement le bonnet de sa tête et le posa froidement sur son comptoir. Dommage, il lui allait bien.

Bonsoir.

Bonsoir, que puis-je pour vous ?

Je viens récupérer un billet en réservation.
A quel nom je vous pris ? demanda l’employée.
Leroy, Mathias Leroy.
— Leroy, voyons voir si j’ai ça... commenta la jeune femme en cherchant

vigoureusement dans des tiroirs derrière elle. Avec un « y » à la fin, c’est ça...ah oui ! Parfait ! C’est effectivement moi qui l’ai !
Mathias adressa une petite prière à tous les dieux qu’il connaissait en pensant qui sinon, il lui aurait fallu rechercher un autre guichet dans ce lieu noir de monde. C’est mon jour de chance aujourd’hui ! Il sortit fébrilement son portefeuille de son manteau et prit le billet qu’on lui tendit. Enfin il l’avait ! C’est bien beau tout ça...mais le train...je dois aller le prendre où exactement...
Heureusement pour lui, la petite brunette vint à sa rescousse.
— C’est une première pour vous le train ou je me trompe ? demanda malicieusement la jeune femme.
Effectivement, vous avez raison, c’est la première fois de ma vie que je prends le train, répondit Mathias en se sentant sur le coup honteux et un peu stupide pour qu’elle le devine si facilement.

Alors je vais vous expliquer Mathias, vous permettez que je vous appelle

Mathias hein ? Chouette ! continua-t-elle sans laisser au jeune homme le temps de donner ou non son accord. Montrez-moi votre billet !

Le jeune homme lui tendit doucement son précieux pendant qu’elle se penchait par- dessus le comptoir. Mathias vit une petite plaquette dorée épinglée sur sa poitrine et y lut un prénom : Clara. Il constata aussi, avec un sourire discret, que la tenue se terminait par une minijupe au-dessus des genoux. Et quelle paire de jambes songea Mathias. Ses joues rosirent légèrement mais il stoppa subitement ce flot de pensées quand il sentit une drôle de chaleur l’envahir. Pourvu que la jeune femme n’est rien remarquée.
"Arrête de penser à des trucs comme ça vieux ! Même si elle n’a l’air d’avoir que deux ou trois ans de plus que toi et qu’elle est dotée d’une paire de jambes digne des déesses..."
Ah voilà ! J’ai trouvé ! s’exclama Clara en gigotant à moitié couchée sur le comptoir, son bonnet glissa et tomba sur le sol sans qu’elle s’en rende compte. Mathias se força à détourner le regard quand il vit la courte jupe remonter un peu plus.
— Oui..., dit-il en se forçant à regarder le billet.
Alors vous voyez ici ? Oui ? Parfait, c’est l’heure de départ du train, dix-huit pour le vôtre. Vous allez devoir donc attendre au quai mille huit cent, c’est très simple. Vous reprenez la grande artère puis à votre gauche, la première, vous devriez voir une grande horloge indiquant l’heure de votre train. Vous passez dans un couloir au dessus et vous débouchez sur votre quai. C’est aussi simple que ça ! Plus qu’à attendre que le train arrive ! En tout cas, si vous prenez le Milady, vous n’aurez aucun mal à le reconnaître. Et le petit chiffre en bas à gauche c’est le numéro de votre cabine. Voilà voilou !
Mathias rangea le billet dans son portefeuille en essayant de retenir toutes ces informations pendant que Clara se dandinait pour faire redescendre sa jupe visiblement trop serrée.
Merci, souffla-t-il en attrapant sa valise.
Bon voyage Mathias ! s’écria Clara en lui adressant de grands signes de main comme s’ils étaient désormais devenus des amis de toujours.
Mais le jeune homme ne les vit pas, il avait déjà regagné l’artère principale pleine de monde.


2.
Comme indiqué par Clara, une grosse horloge dorée en fer forgé sur la gauche aiguillait l’heure fatidique de dix-huit heures. Mathias sortit alors pour de bon de cette mer étouffante de sueur et de pression et s’engouffra sous une grosse arcade. Il marchait désormais avec entrain dans une petite artère où s’alignaient des petits sapins blancs aux guirlandes clignotantes dans les tons bleutés. Les vitres des quelques magasins ou bureaux de la gare renvoyaient le reflet d’un jeune homme brun dans un long manteau beige, tenant une petite valise, un sourire illuminé sur son arrogant et fin visage.
Mathias se sentait bien, même très bien. Il était lancé, rien ne pourrait l’arrêter. Il attendrait patiemment son train puis embarquerait, et une nouvelle vie commencerait enfin pour lui. Une vie loin de tout et surtout de ces dix-neuf dernières années.
C’est toi qui à toutes les cartes en main, tu décides des coups de bluff, de triche, tu attends patiemment et quand le moment est venue, tu écrases ta carte maîtresse sur la table, et puis tu sais quoi l’ami...je vais te dire un secret...la vie...c’est un peu la même chose..., chuchota une petite voix lointaine à l’oreille de Mathias.
Quand le jeune voyageur s’assit sur un banc du quai, la valise à ses pieds, la petite voix avait laissé place aux murmures d’un vent frais et grisant. Il n’y avait personne d’autre que lui sur le quai, les lumières de Noël achevaient de lui renvoyer son ombre sur les rails. Les mains tremblantes, Mathias sortit un petit portefeuille en cuir. Les armoiries dorées, représentant les symboles Alpha et Oméga entrelacés, brillèrent dans ses yeux sombres. Avec délicatesse, il tira une petite photographie en couleur usée.
Toutes les personnes présentes sur cette photo souriaient.
Mathias se reconnut, il tenait la main à Fleur et elle avait sa tête déposée dans le creux de son cou, les yeux brillants. Nox, tout au fond, rigolait, même s’ils avaient dû le forcer à se placer devant l’objectif. Edward était accroupi, une main sur le cœur et Alice jouait avec une mèche de ses cheveux, un coude posé sur la tête d’Edward. Le petit Patrick était là aussi, il serrait fort M. Soleil dans ses bras et riait aux éclats.

Toutes les personnes présentes sur cette photo étaient les seuls amis de Mathias. Toutes les personnes présentes sur cette photo souriaient.

Toutes les personnes présentes sur cette photo n’avaient pas survécu.

Et pourtant elles souriaient comme si de rien n’était. Elles souriaient sans connaître
leur avenir. Elles souriaient face à un destin malsain. Elles souriaient car elles étaient heureuses d’être ensemble. Elles souriaient, tout simplement.
Une larme rebelle coula sur la joue de Mathias. Les doutes commençaient à assaillir l’esprit du jeune homme. Les doutes des personnes qui font des choix importants et qui en viennent à se demander si elles ont fait les bons choix.
"Ai-je fait le bon choix ? "
Il avait décidé seul de quitter l’orphelinat où il vivait depuis l’âge de ses trois ans. La décision était venue juste de lui, il avait choisi de partir délibérément. De quitter pour toujours Nox, Edward, Alice, le petit Patrick et Fleur, sa chère Fleur avec ses longs cheveux blonds or...Quand il avait franchi la grande porte en bois sous un ciel pluvieux, elle s’était jetée en larmes dans ses bras. Mathias s’en souvint encore : sa Fleur frissonnante et trempée contre lui, son parfum enivrant de muguet et sa bouche qui cherchait la sienne...Puis elle s’était mise à lui hurler de rester, de ne pas l’abandonner, qu’elle ne pourrait pas vivre sans lui...Mathias, le corps secoué de spasmes avait fait la sourde oreille et sans un regard en arrière avait disparu dans le paysage, ses yeux inondées de larmes et de gouttes de pluie...
Il avait envie de la revoir, il avait besoin d’elle. Maintenant. De se retrouver près d’elle. Il se fichait royalement de ce foutu train finalement, seul Fleur comptait. Il voulait même discuter avec Nox sous le ciel étoilé, assis sur le toit de l’orphelinat. Ce serait si simple, jeter le billet sur la voie, faire un petit coucou à Clara et retourner près de ses amis. Puis ils s’asssiraient autour d’une table, Fleur sur ses genoux serrant sa chemise et ils lèveraient tous un verre pour oublier. Pour oublier, oublier tout ce qui s’est passé...
Oublier, c’est le pardon.
Le pardon, c’est faire comme si rien ne s’était passé, or Mathias ne pourrait jamais faire comme si tout cela n’avait été qu’un mauvais rêve.
Dans cette douce nuit étoilée, quelques jours avant Noël, attendant son train assis sur un banc, sa valise à ses pieds et serrant la photo contre son cœur meurtri et brisé, Mathias
Leroy laissa échapper une longue plainte douloureuse. Puis enfin, il ferma les yeux et laissa les lèvres parfumées de Fleur se rapprocher de lui...
Juste pour cette fois, il oublierait.

3.
Quand les larmes vinrent à lui manquer, Mathias se laissa aller contre le banc et fixa d’un regard terne les rails du chemin de fer devant lui. Une fois l’émotion passée il ne restait plus que la coquille dorée et vide d’un homme, jusqu’à ce que les morceaux intérieurs ne se recollent petit bout par petit bout dans une valse de sentiments profonds...ou qu’une petite fille mystérieuse ne lui adresse la parole.
Vous auriez vu mon papa ?...
Mathias releva la tête dans un geste mécanique pour distinguer d’où provenait la petite voix. Son esprit n’était pas complètement revenu. Il avait les yeux encore embués mais il parvint à apercevoir une silhouette entourée d’un halo de lumière rouge orangé à quelques mètres de lui.
Vous auriez vu mon papa ?...
La voix se faisait toujours aussi lointaine, comme un écho retentissant dans les hautes montagnes enneigées et Mathias en profita pour essuyer les restes de larmes destinées à sa Fleur, il détestait être vu entrain de ressentir une émotion telle que la tristesse. "Être dans un tel état de faiblesse..."
Vous auriez vu mon papa ?... répéta la petite voix dont on distinguait désormais les douces notes de musique graciles et innocentes
Cette fois-ci, Mathias sursauta imperceptiblement et un long frisson glacé le parcourut le long du dos jusqu’à l’échine : elle chuchotait à son oreille...
Vous auriez vu mon papa ?...
Mathias sentit clairement l’haleine chaude et parfumée de l’enfant contre son oreille et se répandre dans la base de son cou. Il tourna la tête vers cette singulière petite source de chaleur.
C’était une petite fille, celle qui si semble si fragile et précieuse qu’on a peur des les briser rien qu’en déposant un peu trop fort un délicat baiser sur leur joue. Une cascade de cheveux roux tombait dans son dos et encadrait son petit visage d’un blanc laiteux, où deux petits yeux comparables à des saphirs purs et cristallins brillaient dans la nuit. Un épais manteau et des moufles mauves enveloppaient son corps tout frêle et ses mains contre le froid. Un bonnet que Mathias était certain d’avoir déjà vu reposait sur sa petite tête. Cette petite fille était assise à côté de lui, silencieuse, le fixait de ses deux prunelles pures comme le font tous les enfants de cet âge et pourtant, Mathias éprouvait une sorte d’antipathie envers elle. Il la trouvait trop parfaite avec ses longs cheveux, sa peau sans aucune imperfection, ses grands yeux bleus et sa voix mélodieuse. Trop parfaite. Quelque chose de non parfait devait être enfouie sous cette apparence, l’Innocence des enfants ne rend pas parfait. Et les personnes parfaites n’existent pas.
"Personne n’est parfait, je ne suis pas parfait et ma Fleur n’était pas parfaite...Ah... enfin tu y es arrivé Mathias Leroy ! Tu éprouves de l’antipathie pour cette petite fille car elle te fait penser à Fleur au même âge hein ? Elle te manque terriblement ta Fleur mais ce n’est pas une raison pour en vouloir à cette gamine. La seule chose à faire dans ces cas-là est de la regarder, pour trouver un détail qui te permettrait de la différencier de ta douce Fleur."
La fillette continuait de l’observer.
"Elle a les cheveux roux et ma Fleur les a blond comme l’or " pensa ridiculement Mathias et son antipathie disparut.
La fillette continuait de l’observer et comme la réponse ne venait pas, elle reposa encore une fois la question :
Vous auriez vu mon papa ?...

4.
Papa. Un papa. Mathias avait eu un papa. Un papa. Jusqu’à l’âge de trois ans. Au tout début, quand il était arrivé à l’orphelinat, il pleurait chaque soir sa maman et son papa. Puis une nuit il ne pleura plus. Plus du tout. Plus jamais. Il avait oublié ce qu’étaient une maman et un papa. Ce n’étaient plus que des mots, vides, sans aucune mélodie. Trop d’années s’étaient écoulées, trop de temps sans eux, trop petit. Les souvenirs s’étaient envolés. Sans un bruit. En secret.
Alors quand il entendit la question, Mathias n’eut qu’une envie : lui demander ce que c’était un papa déjà. Mais ses mots exacts furent :
Comment ?
Vous auriez vu mon papa ?... questionna tranquillement la fillette, les lueurs des guirlandes se reflétaient dans le blanc de ses yeux grands ouverts et rivés sur son interlocuteur.

Il ressemble à quoi ton papa ?

— À un papa...enfin à mon papa à moi...

— Ce n’est pas grave, chuchota pour lui-même Mathias. L’Innocence des enfants était

vraiment sans limites.

— Ce n’est pas grave... reprit la fillette pendant que le jeune homme se demandait si

elle avait réellement entendu. Alors vous auriez vu mon papa ?... Non. Désolé.
La réponse engendra un long silence.
La petite fille détacha, enfin, ses grands yeux ouverts de Mathias et fit la moue avec ses lèvres en baissant la tête sur le côté. Mathias, qui la supposait triste et désemparée, ce devait sûrement être ce que l’on ressentait quand on ne trouvait pas son papa, décida de lui faire un peu la conversation.
— Il est très beau le bonnet que tu portes, tu savais qu’il y en a qui ont le pompon qui clignote.
Le sujet vraiment bateau mais qui devrait parfaitement fonctionner avec une fillette d’environ six ans.
— C’est Clara, une madame qui travaille à la gare qui me l’a donné. Il était tombé par terre, je l’ai ramassé et elle m’a dit que je pouvais le garder. D’ailleurs elle aussi n’a pas vu mon papa..., déclara tranquillement et fermement l’enfant, la tête toujours baissée.
Le ton dur et sans faille comme un roc sortant de la bouche d’une si petite fille rendit Mathias incrédule.

Ah ! Clara, je la connais aussi.

— Ce n’est pas grave... chuchota la fillette.

Et elle se tut. Elle baissa encore plus la tête et fixa longuement ses grosses bottes
fourrées violettes. Mais elle souriait. Le silence revint.
L’air devint lourd, et opaque. La gaieté de Noël n’agissait plus en cet endroit pour le moment. Quelque chose clochait. Mathias en était certain. Il en avait le pressentiment, il le ressentait. Ici. Là. Quelque chose le mettait mal l’aise, il le savait tout près mais il ne le voyait pas. Et ça l’angoissait. Ou alors, c’était l’angoisse de prendre son train. Le stresse, la paresse, la tristesse.
Il leva la tête et aperçut la lune dans son halo de pureté. Elle brillait, haute, claire, blanche. Et elle tombait. En tout petits morceaux scintillants. Des petites lunes.
Vous avez vu il neige...
Effectivement il neigeait. Les petites lunes tombantes n’étaient rien d’autre que de la neige. De gros flocons brillants, bien formés comme il faut. Ils papillonnaient avec grâce et touchaient le sol avec délicatesse.
— J’imagine le son d’une note de piano quand le cristal de glace rencontre le sol..., déclara solennellement la fillette, ses yeux de nouveaux grands ouverts et tournés vers Mathias.
Un frisson électrique parcourut le jeune homme, il en ressentit les picotements comme des épines de roses. L’angoisse était toujours là. Et elle n’avait en aucun cas rapport avec le train. Il en était maintenant persuadé. C’était autre chose. Mais il n’en montra rien à la petite rouquine et renchérit avec humour.

Tu dois entendre un véritable concerto alors !

— Oui, c’est sûr. Mais ce que je veux c’est attraper le dernier flocon de neige...

Pourquoi le dernier ?
— Parce qu’il peut réaliser les rêves. Ceux que l’on veut réaliser ou ceux que l’on n’a


pas pu réaliser...

Et comment comptes-tu le trouver ? Il y a une multitude de flocons de neige, en

désignant de la main l’ivre poudreuse blanche qui chutait lentement en continue.

— Oui, je sais. Mais le dernier tombe toujours à l’est...

Il fondra dans ta main si tu parviens à le trouver.
Non. Le cristal de glace à l’intérieur est tellement pur et magique qu’il ne se brisera


pas. C’est évident ! Et je n’aurai plus qu’à penser à mon rêve...

La petite fille rousse avait en cet instant le visage le plus adorable que Mathias n’eut

jamais vu. Elle y croyait dur comme fer à cette histoire. Un arc-en-ciel cristallin voyageait dans ses deux saphirs. Elle souriait jusqu’aux oreilles. Un sourire qui rappela à Mathias ceux présents sur la photo qui ronflait dans son portefeuille. Contre son cœur. Un sourire enfantin. Pur. Honnête. Enchanteur. Un sourire juste parfait. Peut-être même trop parfait. Un second frisson irradia Mathias de la tête aux pieds.
La fillette se leva et sauta du banc les pieds joints. Elle s’étira en tendant ses petits bras frêles vers le ciel obscur parsemé d’étoiles. Il sembla à Mathias que les flocons déviaient au dernier moment leur trajectoire pour l’éviter. Ce ne devait être qu’un reflet. Elle se tourna vers lui et le fixa intensément de ses grands yeux ouverts.

— Je retourne chercher mon papa. Merci Monsieur...

De rien.

Mais sa voix sonnait faux. Son esprit cherchait ce qui le mettait en tel état d’alerte. Les
frissons continuaient d’aller et venir comme si on le piquait avec une lame froide. — Et vous que faites-vous ?

— J’attends mon train.

Pourquoi ? Il est juste en face de vous depuis que je suis arrivée...

Et elle tourna sur elle-même, les mains dans le dos. Puis, elle sautilla sur le quai en
écartant ses bras. Le pompon de son bonnet allait de droite à gauche au rythme du mouvement de sa tête. Comme le balancier d’une vieille horloge. Enfin, elle disparut du champ de vision de Mathias, emportant avec elle sa fraîcheur, son innocence, son sourire et ses grands yeux bleus ouverts.
Etrangement, les frissons et l’anxiété disparurent eux aussi.

5.
Mathias se demanda franchement comment il avait fait pour ne pas remarquer le train. C’était un véritable mastodonte d’ingéniosité et de fer forgé. Il était là. Juste en face. Et depuis un petit moment à en juger par les dernières paroles de la fillette. D’ailleurs Mathias espérait de tout son cœur qu’elle puisse retrouver son papa. C’était la première fois depuis qu’il avait quitté Fleur à l’orphelinat qu’il souhaitait le bonheur de quelqu’un d’autre. Avec son cœur. Il en fut légèrement troublé.

Milady. Le Milady. Son train. Celui qui est calligraphié en lettre dorée sur le billet. Il était devant Mathias, plongé dans la pénombre. Mais Mathias pouvant distinguer ses

contours : l’énorme locomotive avec sa cheminée qui se dressait haute et fière, le tender contenant le carburant, les grandes roues puissantes relié au moteur à vapeur, et les premières voitures. Il était vraiment gigantesque. Mathias se sentit minuscule. Ce qui s’étalait devant lui était un moyen de transport destiné à l’immensité du monde. A affronter le monde. Qu’importe la destination et le temps que cela prendrait, Mathias sentait que ce train l’emmènerait jusqu’au terminus de la ligne. La vie était devant lui. Et il l’embrasserait comme elle viendrait. Sans regrets.

Un sifflet retentit dans le quai mille huit cent.

En voiture ! cria une voix forte dans la nuit.

Le voyage n’avait même pas encore commencé mais Mathias fut témoin d’un des plus

tableau qu’il lui fut permit de voir.

Le Milady s’illumina subitement. Son nom gravé en grosses lettres sur l’avant de la

locomotive scintilla avec puissance. Tout le véhicule fut recouvert d’un éclat doré. On aurait dit qu’il s’agissait d’or, un train en or. Même les roues brillaient, toutes argentées. Une lumière chaleureuse et bienveillante filtrait des voitures. C’est à ce moment que les moteurs se mirent en marche et les portes s’ouvrirent, projetant des lueurs pailletées sur la neige qui recouvrait le quai. Les cristaux concentrés dans les flocons de neige prirent la couleur des éclairages émanant de l’intérieur et l’extérieur du train. Une pluie de flocons d’or. Et sous cet or fragile, le quai se remplissait de passagers sous le regard ébahi de Mathias. Une larme ou un flocon de neige coula le long de sa joue. Il rabattit le col de son manteau contre son visage, prit fermement sa valise en main et tendit son billet au contrôleur, un homme avec une moustache tarabiscotée, qui jetait des coups d’œil frénétiques à sa montre attachée à une élégante chaînette dorée de son gousset, comme s’il craignait déjà le retard.
Quand la voiture fut pleine de monde et que la porte se referma, laissant pénétrer le dernier souffle froid neigeux de cette nuit d’hiver, Mathias était plongé dans ses pensées. Ce fut une cloche dans le lointain qui sonnait les dix-huit heures qui le tira de son subconscient. Un sourire fiché sur son fin et arrogant visage, la valise ferme aux poings, les yeux dans le vide, c’est ainsi qu’on aurait put dresser le portrait de Mathias Leroy qui se souhaitait pour lui-même, au plus profond de son âme un :
"Bon voyage"

6.
Raphaël ! Raphaël ! cria le contrôleur à la moustache tarabiscotée, créant le silence autour de lui.
Un jeune homme en uniforme se présenta face à lui, essoufflé d’avoir couru, les mains posées sur ses genoux.
— Qu’elle heure est-il Raphaël ? demanda sèchement l’homme à la moustache, sa montre à gousset dans sa main gauche.
Le jeune homme sortit nerveusement sa propre montre à gousset, l’ouvrit et déclara en s’éclaircissant la gorge :

Il est très exactement dix-huit heures et quarante-sept secondes Monsieur !

— C’est exact ! Et comme vous le savez le retard est intolérable ! Intolérable !

Oui Monsieur !
Intolérable ! Vous allez accompagnez ce jeune homme à sa cabine, en désignant du

doigt Mathias sans quitter des yeux sa montre. J’ai vu sur son billet qu’il était dans la voiture- lit où vous étiez responsable.
Oui Monsieur ! Bien Monsieur ! Si vous voulez bien me suivre, en dévisageant Mathias.

— Et n’oubliez pas Raphaël, le retard est intolérable !

"Un oisillon et un rapace"

C’était en ce moment à quoi même pensait Mathias. Et il était en train de suivre
l’oisillon. L’image ridicule d’un vautour doté de l’excentrique moustache du contrôleur qui essayait d’ouvrir sa montre avec son bec crochu lui étouffa un rire. L’oisillon marchait d’un pas rapide en écartant la foule. Mathias comprit rapidement que sa cabine se trouvait à l’autre bout du Milady et il put constater l’immensité de la machine. Il ne traversa pas moins de six voitures-lits et trois voitures-restaurants luxueuses : de grandes tables recouvertes de nappe blanche, où étincelaient des verres qui devait sûrement coûter à l’unité bien plus cher que tous les vêtements réunis que Mathias portait, occupaient une bonne partie de l’espace. Une gigantesque moquette brodée à la main faisait office de sol et un lustre en cristal régnait sur ce petit monde de richesse. Cependant Mathias se voyait assez mal manger dans un tel endroit, il eut une petite nostalgie pour la cantine de l’orphelinat mais elle fut très vite balayée.
Il fut rapidement rejoint par un vieil homme vêtu d’un costume classique mais propre et élégant, d’une femme qui portait une imposante robe qu’il n’avait jamais vu et qui parlait insistance, d’une petite jeune femme qui devait être la femme de chambre de l’autre : elle portait deux grosses valises et une cage alors que l’autre ne trimballait que sa voix, un chapeau et un éventail.
"Eh ben je ne risque pas me m’ennuyer avec eux ! Ou plutôt si. Je vais me faire chier !" pensa Mathias en dévisageant tristement ses compagnons d’infortune qui lui semblaient être sorti d’un autre monde. Un monde auquel il n’avait jamais goûté. Mais un monde qu’il savait plein d’aprioris et de magouilles.
L’oisillon ouvrit la porte où un gros chiffre neuf doré brillait et laissa les voyageurs entrer dans la voiture-lit. Ils furent bientôt rejoints par un couple et là, Mathias crut qu’il allait éclater de rire ou lancer sa valise. Il hésitait. Le gros poisson était là lui aussi. Avec son horrible écharpe rouge aux flocons de neige et son chapeau rond. Mais l’homme semblait vraiment mal en point, il n’arrêtait pas de trifouiller le bas de sa veste en lançant autour de lui des regards apeurés. Mais Mathias était rancunier et ne se laissa pas attendrir.
L’oisillon se présenta en tant que responsable de cette voiture-lit, la neuvième, mais Mathias savait son nom et n’écouta qu’à moitié, son regard fixé sur le bonhomme qui l’avait bousculé dans la gare sans un pardon. Raphaël procéda de nouveaux à la vérification des billets et indiqua les cabines. Le couple avait le numéro un, en tête de voiture. La dame de chambre avait la quatre et sa maîtresse la cinq. Quand elle passa devant Mathias, elle lui lâcha un regard feint en marmonnant d’un ton outré : " Pauvre petiot, tu as perdu ta maison !"
En retour Mathias lui fit son plus beau sourire dents blanches en forçant tellement que ça en devenait plus qu’arrogant. L’homme que Mathias fixait sans un répit avait la sept. Son état était plus que préoccupant et Raphaël lui demanda s’il allait bien, en bon employé qui se préoccupait de ses passagers. L’homme marmonna une réponse et courut jusqu’à sa cabine en claquant la porte derrière lui. Le vieil homme obtint la huit et Mathias hérita de la neuf. Il rangea la clé dans la poche de son pantalon. Raphaël lui demanda s’il voulait une table pour ce soir mais Mathias lui répondit qu’il n’avait pas faim et lui souhaita une bonne soirée. Le responsable répondit par un franc signe de tête.
La cabine de Mathias était au fond de la voiture. Quand il fut devant la porte, il sortit la clé en forme de neuf et l’inséra dans la serrure.

Excusez-moi jeune homme, vous auriez du feu ?

Le vieil homme en costume lui montra sa pipe en signe de justification.

Ouais !
Mathias sortit son briquet de la poche intérieur de sa veste. Il ne fumait pas mais il en

avait toujours un sur lui. Une vieille manie qui lui était restée de l’orphelinat, il avait passé de longues heures sur le toit avec Nox et Edward à faire décoller des fusées constituées de filtre de thé.
Merci !
Le vieil homme l’alluma avec une drôle de lueur dans les yeux et inspira un grand coup. Des volutes de fumée colorée sortaient de ses naseaux. Il lui tendit le briquet et serra avec poigne la main de Mathias.

Aldéric Lefrevre ou Al pour les intimes !

Mathias Leroy ou Matt pour les intimes ! répondit Mathias en souriant.

— J’espère que notre bonhomme un peu malade ne va pas tout saloper et réveiller tout

le monde !

— J’aimerai bien voir la réaction de la bonne femme avec son éventail !

— C’est une marquise.
— Ah...une marquise...
— Oui et une grande marquise je pense. Le genre de personne qu’il vaut mieux avoir

dans ta poche sinon qui sait ce qu’elle serait capable de faire. Te faire jeter du Milady à pleine vitesse par exemple.
— Vous croyez que c’est déjà arrivé ? Du moins dans ce train ? répliqua Mathias qui voulait faire un peu d’humour et montrer sa ténacité à ne pas se laisser impressionner.

Oh oui ! répondit avec assurance et sérieux Aldéric. Tout est possible ici.

Et comme pour confirmer ses dires, le couloir fut plongé dans le noir.

— Je vais voir ce qui se passe, s’élança Raphaël à l’attention des voyageurs qui

sortaient juste la tête de leur cabine.

— C’est un brave petit, commenta Aldéric.

La fumée qui sortait de sa pipe tournoyait dans les airs dans les tons magenta et
turquoise. Quelques fois Mathias voyait un court instant l’éclat des yeux du vieil homme tel deux petits insectes noirs et brillants. Il patienta en regardant ce spectacle brumeux et en se demandant si le bonhomme à l’écharpe gerbait quand la coupure s’était produite. Beurk ! Il doit être là, se retenant de ne pas lâcher le reste, le menton tremblant et dégoulinant.
Un crépitement puis la lumière fut. La voiture-lit retrouva sa lueur d’or dans un éclair blanc.
— Bonne soirée, dit Aldéric à l’attention de Mathias. Et merci pour le feu ! Je crois que je vais aller me remplir la panse des fruits de mer qu’il propose. J’espère que les crevettes seront bien assaisonnées et le vin blanc de qualité !

De rien. Bonne soirée à vous aussi !

Aldéric Lefevre disparut dans un nuage de fumée jaune et violet.

Mathias, quant à lui, pénétra dans sa cabine et referma tout doucement la porte derrière
lui.

7.
Un lit, un petit bureau en acajou, un portemanteau, et dans une petite pièce séparée : des sanitaires, une douche, un lavabo, un miroir et une minuscule armoire blanche. Une grande fenêtre avec des rideaux rouges permettait de voir le paysage nocturne que le train éclairait avec ses nombreuses LED dorée sur son revêtement en acier. Il avait arrêté de neiger.
Mathias accrocha son manteau, posa sa valise contre lui, ouvrit la fenêtre et se jeta sur lit. Moelleux mais pas trop. Les draps sentaient bon la fleur de lotus. Mathias se retourna, les mains croisées derrière la tête. Sa première pensée vint à Nox qui lui avait dégotté le billet de ce train destiné au luxe et à la richesse.
"Mais à aucunes secondes de retard" ajouta Mathias en passant à Maître Vautour et sa moustache.
Puis il songea à Alice, Edward et le petit Patrick. Ils avaient faits les quatre cents coups ensemble. Ah ! Que l’orphelinat et son enfance lui semblaient lointains désormais...
Mathias était de tout même fier. Il avait réussi à le prendre alors qu’il ne l’avait jamais fait. Ils en parlaient à l’orphelinat : des mômes qui étaient venues en train et qui donnaient leur impression en montrant leur billet sale et déchiré. Le petit groupe avait aussi piqué des livres à la bibliothèque, beaucoup de livres pour contempler les images de ces merveilles. Mais la plus belle merveille de l’orphelinat et du monde pensa Mathias n’était rien d’autre que Fleur. Elle lui manquait terriblement. Il avait envie de la prendre dans ses bras, de lui offrir mille baisers et de lui faire l’amour. Le temps sera long, très long avant qu’il ne puisse la caser dans un jardin secret dans son esprit, et éviter qu’elle ne rejaillisse n’importe quand dans son effluve de muguet. Il se voyait, pencher sur elle dans ce lit, dans cette même cabine, une main posé sur le haut de la cuisse sous la robe de la splendide jeune femme. Et ils s’embrassaient sans retenue, en se chuchotant des mots d’amour.
Ce fut à ce moment que Mathias s’endormit, épuisé par cette journée.
Le rêve continua longtemps. Soudainement, le froid. Mathias se mit à frissonner. Il se leva à moitié rêveur et referma la fenêtre. Quand il se retourna, il se figea. La petite rouquine était là, assise sur son lit, dans une jolie robe bleu assortis à ses yeux. Et ses yeux fixaient plus que jamais Mathias. Ils brûlaient. Mathias sentait la chaleur en émaner, contre son cou. Des flocons tombèrent dans sa cabine malgré l’absence de nuage, et une note de piano retentissait quand ils touchaient la moquette. Ce fut un concerto. La fillette leva ses jambes vêtues de jolis collants noirs et blancs en damier et riait en sautant sur le lit. Aucuns flocons de neige ne semblaient l’atteindre. Ses yeux étaient toujours ouverts et continuait de fixer Mathias.
Vous auriez vu mon papa ?...
Sa petite voix était fluette. Des papillons phosphorescents aux ailes à l’effigie de cristal de glace sortaient de sa bouche. C’étaient ses rêves. Et ils éclatèrent dans un bain de sang. L’angoisse revint. Poignante. Ricanante. Mathias sentait les pulsations de son cœur résonnaient dans sa tête.
BOOM ! BOOM ! BOOM !
Ce sont les tambours qui accompagnent les notes de piano. Les papillons percutaient les flocons de neiges, la petite rouquine était recouverte de sang. Elle souriait. Elle souriait à Mathias. Sourire ! Sourire ! Sourire ! Avec ses grands yeux bleus ouverts....
Et Mathias comprit !
Elle ne clignait jamais des yeux ! Même quand elle riait. Même quand elle pleurait. Même quand elle détournait le regard. Et surtout quand elle souriait...
Soudain un grand flocon se mit à tomber. Son cristal de glace était parfait. Le dernier flocon de neige. La fillette s’approcha de lui, ensanglantée, ses collants déchirés et sa robe tachée de pourpre. Elle souriait toujours, elle tendit sa main toute dégoulinante et ria. Du sang, des rires, des sourires. Sa chevelure rousse était devenue une cascade de feu. Le rire devint de moins en moins enfantin, le sang de plus en plus sombre, les sourires de plus en malsain... Son petit cou émit un craquement sinistre. Et ce sale sourire et ses yeux qui n’avaient plus rien d’un enfant. Qui semblaient comme attirer par Mathias.
La neige, les papillons, le sang, la fillette, tout avait disparu. Les lumières dorées étaient revenues.
Fleur était là. Son doux parfum de muguet valsait dans la cabine. Elle regardait Mathias avec provocation et doucement, se mit à défaire dans un geste séduisant le nœud de sa robe. Ses cheveux battaient d’un vent imaginaire. Sa robe remontait lentement le long de ses cuisses. Ses jambes étaient parfaites !
" Clara peut aller se rhabiller !"
Quand la robe glissa sur le sol, Mathias pressa son torse contre la poitrine de Fleur et se plongea dans son regard qui évoquait une mer calme et détendue. Je t’aime. Le message était passé. Leurs lèvres s’unirent.
Ce fut à quoi Mathias rêva.
Le Milady, machine calme des temps immémoriaux, suivait le chemin de fer qui menait aux montagnes dans un tracé d’or et de merveilles. 


A suivre ici ! :)